Place des Guillemins

Description

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Place des Guillemins

C’est en 1999 que Claude Strebelle dépose un schéma directeur pour le remodelage du quartier autour de la gare des Guillemins dont le projet avait, trois ans plus tôt, été confié à Santiago Calatrava. Ce document qui trace les grandes lignes de l’évolution du site depuis la colline de Cointe jusqu’aux bords de Meuse s’est notamment concrétisé par un appel d’offres international pour la conception d’une place devant les nouvelles installations ferroviaires, appel que le bureau Dethier Architecture, en association avec Ney & Partners, l’Atelier 4D et l’Agence TER, a remporté en 2003.

La place des Guillemins a été achevée en 2014. Elle témoigne non seulement de la prise en compte des nombreuses et très hétéroclites questions posées par ce type d’aménagement mais également d’une vision urbanistique globale. En effet, les architectes ont d’emblée conçu cet espace comme un point de départ pour des aménagements ultérieurs destinés à revaloriser l’ensemble du quartier.

Il donc fallu plus de dix ans, le dépôt de trois permis d’urbanisme, de nombreuses phases de conciliation entre les différents intervenants (Euro Liège TGV, TEC, Ville de Liège, SRWT …) ainsi que de sévères réajustements budgétaires – principalement en raison de la nécessité de dépolluer les sols, opération non prise en compte à l’origine pour des raisons de changement de législation – pour faire aboutir le projet.

La place des Guillemins

Située entre la rue des Guillemins, la rue Bovy et la jonction des rues de Serbie et de Sclessin, la place définit une forme triangulaire ouverte en direction de la Meuse. Ses développements formels, en particulier le calcul des gabarits et le placement des matériaux, tendent à lui conférer une unité qui renforce sa présence urbanistique et son rôle d’élément de cohésion pour son environnement. Cette préoccupation se traduit notamment par la définition d’une trame parallèle à celle de la gare, visible dans la disposition des joints de calepinage des revêtements de sol. Les traditionnels pavés des trottoirs s'alternent avec les dalles de béton et s'atténuent dans un dégradé jusqu'au centre de la place, reprenant ainsi les différences de niveaux. Les zones pavées permettent un accès plus facile aux divers impétrants situés en dessous.

Sur le plan fonctionnel, elle a été voulue comme un espace polyvalent et flexible. Outre le fait d’assurer un rôle de lieu de rassemblement, le site se présente surtout comme un carrefour de circulations multimodales avec toutes les conditions contemporaines d’efficacité et de sécurité. Les différents moyens de transport (train, vélo, bus, tram) qui connaissent ici des fréquences élevées s’y trouvent connectés et intégrés dans des séquences cohérentes et fluides. C’est physiquement sensible dans le confort octroyé par l’emploi des grandes dalles de sol qui facilitent le passage des nombreux usagers munis de valises. Chacune de ces dalles mesure 4m sur 3 et pèse 7,5 tonnes. Réalisées en béton désactivé, elles ont été préfabriquées en atelier pour assurer une meilleure finition et une homogénéité de surface. Les 280 dalles ont été réceptionnées individuellement et une fois posées, aucun ancrage de manutention n'est visible.

Les architectes ont d’ailleurs traité avec un soin particulier l’ensemble des circulations piétonnes structurées par l’implantation du végétal et la présence de trois bassins, animés de vagues. Une autre zone munie d’un système de jets aléatoires renchérit sur la convivialité du lieu. Les bassins sont des monolithes en acier inox placés dans une base en béton, facilitant leur entretien. En dessous, un local technique de 66m de long abrite les commandes électriques des fontaines, les systèmes de pompe et de filtration par ultra violet (moins nocif pour l'environnement que la filtration au chlore généralement utilisée). L'eau circule en circuit fermé (130m3 sont stockés dans les deux bacs tampons sous la place) et est régulièrement renouvelée grâce à un puits de 30m de profondeur, utile également à l'arrosage manuel, évitant tout gaspillage.

Etudié en collaboration avec le paysagiste Gilles Clément qui, dès la phase de mise au point de l’opération, pallie le désistement de l’Agence Ter, les aménagements verts comprennent des pelouses plantées de rosiers, des prunus, des magnolias kobus, des sophoras du japon, ainsi que de nombreux espaces plantées de bambous (550 sujets répartis dans 31 zones distinctes) qui risquent de souffrir de la suppression par les responsables des services communaux de l’arrosage automatique prévu par les auteurs de projet.

Une attention accrue a été portée à l’éclairage, principalement basé sur la technologie LED, utilisée pour la première fois dans un projet de telle ampleur à Liège. Les signaux ponctuant les deux extrémités de la place (le rond point et le carrefour rue de Serbie/rue de Sclessin) étudiés avec l’artiste bruxellois Jean Glibert, les mâts d’éclairage routier très bas ainsi que la disposition des sources lumineuses au sol créent une animation visuelle qualitative, à dimension résolument humaine. Mais surtout, ils favorisent l’intégration des différentes expressions architecturales en présence, et en particulier la gare de Calatrava qu’ils participent, sans effet ostentatoire, à mettre en valeur en la raccrochant à son contexte.

Une vision urbanistique globale

Il faut le relever : la place des Guillemins est bien davantage qu’un espace tampon entre le quartier et la gare. Bien au-delà de réguler le gigantisme de l’architecture de cette dernière et de tempérer la rupture qu’elle crée avec le bâti environnant, les auteurs de projet l’ont conçue comme l’amorce d’une reconversion de toute une partie de Liège. Logiquement, elle demeure difficile à comprendre hors de cette vision globale. Et, il est à craindre qu’elle ne trouve pas sa pleine intelligibilité si l’esprit des développements en phases desquels elle a été conçue n’est pas respecté dans les aménagements à venir.

Dans la continuité des recherches effectuées pour la place, le bureau Dethier Architecture a, sans en avoir reçu la mission, réalisé une étude de faisabilité pour la réhabilitation du quartier des Guillemins autour de deux concepts fondamentaux. D’une part, ces recherches proposent de redensifier le site en complétant le bâti existant plutôt que de le détruire au profil de nouvelles constructions décontextualisées. D’autre part, elles définissent un plan masse articulé sur un axe longitudinal : une esplanade de 550 mètres de long entre la gare et le fleuve qui se prolonge par une passerelle donnant accès au parc de la Boverie et au quartier du Longdoz où des développements immobiliers pouvaient dans la foulée être prévus. Greffées sur cet axe, des pénétrations transversales irriguent tout le quartier et relèvent son potentiel immobilier (bureau, logement ...). Elaborée en fonction de modes de circulations lents, cyclistes mais surtout piétons, l’esplanade intègre de nombreuses réflexions : segmentation spatiale calculée sur des vitesses de déplacement spécifiques, dégagement du trafic automobile, juste proportion entre l’espace et son occupation humaine, mise en place d’éléments de liaisons locales et régionales, enfouissement d’une partie du trafic le long des berges, …

En dessinant la place des Guillemins et en accompagnant cette étude d’une vision plus large, les architectes ont cherché à conjuguer la vocation métropolitaine du site et l’échelle du quartier de façon à donner à l’ensemble un rôle moteur pour Liège. Ils ont aussi réfléchi à intégrer la notion de mixité fonctionnelle : le tissu urbain présente en effet la possibilité d’offrir des lieux de vie attractifs mais aussi d’implanter un quartier d’affaires encore inexistant à Liège ainsi qu’une fonction tertiaire respectueuse des commerces existants.

Soulignons le réalisme de ces réflexions du point de vue des budgets, des nuisances pour la vie du quartier et des délais de mise en œuvre. Les démolitions et expropriations qu'il implique sont limitées. Valorisant en priorité le foncier « public » mobilisable et s’appuyant sur de justes partenariats privés, le bureau Dethier Architecture a tenu compte des capacités financières de la Ville. Appuyée par la Région wallonne dès janvier 2007, l’étude a été approuvée par le Collège communal le 8 février de la même année. Ce choix a, rappelons-le, tranché la pomme de discorde qui mûrissait avec la proposition présentée en 2000 par Santiago Calatrava pour le même espace. Il faut reconnaître que le projet de l’architecte catalan - plus monumental et souvent jugé irréaliste dans sa démesure - visait davantage l’adaptation du tissu urbain à la gare que l’intégration de cette dernière aux caractéristiques de la Cité ardente.

L’ensemble de ces recherches devait aboutir à la mise au point d’un faisceau de prescriptions urbanistiques. Pour assurer la cohérence de l’opération et l’identité du futur quartier des Guillemins, il faut définir l’implantation des fonctions, les gabarits des nouvelles constructions, le traitement des façades et des sols… Malheureusement, les autorités communales ont décidé de ne pas poursuivre au-delà de l’étude de faisabilité. Le risque d’une perte de cohérence dans les aménagements à venir est réel. Certains regrettent ainsi déjà la hauteur disproportionnée et la forme de la nouvelle Tour des Finances conçue par les bureaux Jaspers/Eyers et Bureau d'Architecture Greisch. On peut aussi avoir des craintes quant à la pertinence du plan de mobilité dont le bureau Dethier Architecture n’est pas l’auteur ou encore quant aux résultats des concours de promotion immobilière davantage stimulée par des rapports financiers que par la création d’architectures significatives. 

Fiche technique

Rue Paradis
4000 Liège
2014
Ville de Liège

Aménagement de la place face à la gare TGV.

Artiste plasticien : Jean Glibert
Paysage : Atelier TER ; Gilles Clément
Association momentanée Dethier Architecture, Ney & Partners, Atelier 4D
Eloy
JMV-Colas
380 dalles de 4x3m et 7,5t ; puits de 30m de profondeur ; technologie LED

Localisation

Latitude: 50° 37' 33.6" N
Longitude: 5° 34' 11.64" E

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