Ancien couvent des Ursulines

Description

Ancien couvent des Ursulines

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Ancien couvent des Ursulines

 

Le couvent des ursulines constitue un témoin majeur de l'architecture dite "Renaissance mosane". L’utilisation de la brique et de la pierre calcaire ainsi que le parti décoratif encore visible à l’extérieur sont caractéristiques. Aujourd’hui, réduite à un ensemble de bâtiments sur un plan en U disposés autour d’une cour fermée par un mur d’enceinte, la fondation a connu des développements immobiliers beaucoup plus importants. S’il est possible de retracer la chronologie générale des édifices en place, il faut reconnaître que le complexe dans son ensemble reste mal connu : les archives sont fort pauvres et le morcellement consécutif à l’ouverture de la Montagne de Bueren en 1881 ainsi que les modifications anarchiques des deux siècles passés ne laissent pas assez de traces archéologiques interprétables.

Théodore Gobert situe la construction la plus ancienne au début du XVIe siècle : il s'agit du bâtiment en face de l'entrée actuelle. A l'époque, le site est propriété de Gérard Ghyssens, un marchand qui y aménage une maison et une brasserie. C'est en 1627 que les ursulines installent une communauté religieuse dans l'immeuble existant, pour bientôt l'agrandir et y construire une chapelle (1660) aujourd’hui disparue. Au XVIIIe siècle, une nouvelle campagne de travaux voit l'édification d'une école attachée au couvent (1776). Les ursulines occupent le bâtiment jusqu'en 1817. A leur suite, la Ville de Liège accorde le sanctuaire au consistoire protestant (1819), puis transforme le couvent en gendarmerie, en fait un entrepôt, un marché à grains ... jusqu'en 1859, année de l'installation d'une caserne de pompiers menée au prix d'importantes restructurations des volumes architecturaux. Le temple protestant est détruit au début du XXe siècle (en 1940, les occupants allemands construiront sous l’espace libéré un abri militaire sans grand intérêt, qui est, de nos jours, encore en place). Et, ce n'est qu'en 1978 que les pompiers quittent la rue Hors-Château. La Ville entreprend alors de coûteux travaux de remise en état de l'édifice (remplacement des charpentes, corbeaux, corniches, toitures) pour finalement vendre l'ensemble à des promoteurs immobiliers qui, après plusieurs projets de réaffectation avortés, laissent le bâtiment tomber en ruine.
En 1994, les antiquaires Vincent de Lange et Jean-François Taziaux achètent l'édifice pour 100.000 euros. Le couvent des ursulines correspond à leur besoin : un bâtiment de grandes dimensions, en plein centre ville avec des possibilités de parking. Ces avantages suffisent à faire oublier son état de délabrement à l’époque fort avancé. Ils confient la restauration au bureau d'études D. Dethier s.a.. L'opération a fait l'objet d'une intervention de la Région Wallonne (Division du Patrimoine) à hauteur de 44%, de la Province de Liège (2%) et de la Ville (5%) portant sur les parties classées. En deux ans, la réaffectation du bâtiment est bouclée : l’inauguration de sa partie ouverte au public a lieu en novembre 1996 et les travaux sur l’ensemble entamés en janvier de la même année sont achevés en décembre : des délais d’exécution très courts (10 mois), condition sine qua non pour la réussite du projet, compte tenu de ce que la volonté de réhabilitation venait de maîtres de l’ouvrage privés. Y ont ainsi été installés un commerce d'antiquités, un atelier de restauration, sept logements (appartements et studios) et trois plateaux de bureaux.

Architecture

L’état d’abandon du couvent des ursulines a nécessité des interventions importantes. Il a fallu restaurer les toitures, stabiliser les murs et reconstruire tous les planchers. On a travaillé à préserver l'authenticité du bâtiment. La démarche tient d’un double principe : restituer les éléments d’origine quand ils sont identifiables et adopter une démarche minimaliste pour les éléments dont tout souvenir a disparu. Les constructions anciennes ont été ainsi débarrassées des ajouts des XIXe et XXe siècles pour une meilleure cohérence et une plus nette identité de l'ensemble. En l’absence de traces de l’ancienne distribution intérieure, le plan a pu être adapté aux nouvelles nécessités liées à la réaffectation de l’édifice : la souplesse de la démarche a permis de valoriser chaque espace en exploitant ses particularités et de créer entre eux un jeu de parcours libre à même de favoriser la création d’ambiances significatives. La réflexion menée sur la reconstruction des baies du bâtiment central témoigne bien de la rigueur de l’approche. Pour les baies du rez-de-chaussée dont aucune trace de l'état original ne subsistait, Daniel Dethier a choisi des grands vitrages fixes; la solution permet non seulement de préserver le rythme de l'édifice, de signaler qu'il y a là une intervention contemporaine mais encore de s'adapter aux besoins du commerce qui prend place à cet endroit. Au premier étage, par contre, les croisées ont été rétablies selon une mise en oeuvre à la fois discrète, efficace et respectueuse des volumes originaux. Afin de redresser les baies, ont été appliqués à leur périphérie des cadres métalliques en acier inoxydable microbillé dont seule une des ailes de la cornière est visible du dehors; la teinte du matériau s'apparente tout à fait à la pierre calcaire utilisée dans le bâtiment; deux éléments en "T", placés quelques centimètres devant le plan des nouveaux châssis en aluminium laqué de couleur gris anthracite, rappellent, par leur effet de croisée, les anciens meneaux devant les grandes fenêtres éclairant les étages.
Le projet témoigne en outre d’une volonté de soigner l’intégration du bâtiment dans le tissu urbain. Pour fermer la cour et cacher les constructions banales des services de voiries de la Ville de Liège qui jouxtent le couvent, Daniel Dethier a restauré un petit bâtiment contigu à la rue Montagne de Bueren : étant donné le caractère modeste de cet édifice, l’intervention contemporaine est discrète et s’inspire de la forme des entrepôts qui se trouvaient à cet endroit au XIXe siècle. Prévoyant que l’ensemble pourrait connaître d’autres phases d’aménagement, l’architecte a également projeté un édifice à usage de commerces, bureaux et logements sur la parcelle non bâtie en bordure de la rue Hors-Château. Du point de vue urbanistique, cette construction sert à combler la rupture du front construit et à rétablir un rythme cohérent par l’adoption d’un gabarit calculé en fonction des immeubles voisins. Ce projet n’a pas été réalisé.
Le couvent des ursulines est un bon exemple de synergie entre pouvoirs publics et partenaires privés. Le montage financier n’aurait pas pu être finalisé sans les aides régionales, provinciales et communales. Bien sûr, la mise de fonds des propriétaires reste considérable mais le bénéfice est important … tant sur le plan financier (en regard des apports des pouvoirs publics, des loyers des différentes locations et de la valeur après travaux du bâtiment) que sur le plan de l’image de marque de leur commerce d’antiquités qui jouit du prestige de l’architecture ancienne et de la qualité de sa restauration. Encore faut-il relever l’intérêt de la mixité des fonctions qu’a permis la réaffectation du bâtiment et en particulier de la création de logements dans le centre ville à une époque d’exode urbain. L’opération a en outre entraîné l’obtention d’un subside de revitalisation de la Région wallonne pour le réaménagement des abords du bâtiment qui a permis à la Ville de Liège de mener à bien la restauration des escaliers de la rue Montagne de Bueren.

Fiche technique

Rue Montagne de Bueren
4000 Liege
1997
Messrs J.-F. Taziaux et V. de Lange

Restauration de l’ancien de l’Ancien Couvent des Ursulines, à Liège.

Pouvoirs subsidiant: la Division du Patrimoine de la Région Wallonne, la Ville de Liège, la Province de Liège.
Artiste: Daniel Dutrieux
Photographe : Jean-Paul Legros
Prix de l'Urbanisme de la ville de Liège 1996 : prix du public.

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